Le chantage d'un patron de Marie Claire à un restaurateur


Le gérant du Vivant, restaurant parisien, a refusé d'inviter gratuitement le directeur général délégué du magazine. Leur échange de mails a été dévoilé et la direction du groupe a désavoué son collaborateur.

«Je n'ai jamais invité un journaliste en vingt-quatre ans de carrière dans la restauration.» La réponse de Pierre Jancou, du bistrot Vivant, dans le Xe arrondissement de Paris, à Jean-Paul Lubot, directeur général délégué du magazine Marie Claire, est sans équivoque. Elle a pourtant déclenché un échange de mails salé entre les deux hommes.

Tout commence le 19 octobre quand une collaboratrice du groupe Marie Claire annonce dans un mail que l'établissement parisien est sélectionné pour figurer dans la rubrique «Paris vu par… Jean-Paul Lubot». Elle lui demande si ce dernier, accompagné, peut avoir une table aux frais de l'établissement.

Dans une courte réponse par mail, le restaurateur fait savoir que cette pratique n'est pas à son goût. Selon le blog gastronomique Food Intelligence, qui publie la correspondance, Pierre Jancou qualifie cette démarche de «louche et frauduleuse», faisant monter le ton entre les deux hommes. La règle générale veut qu'un critique gastronomique paie toujours son addition.

 

Capture d'écran du mail retranscrit par le blog Food Intelligence. DR
Capture d'écran du mail retranscrit par le blog Food Intelligence. DR
 

Une attitude «déplacée»

«Vous avez le droit de refuser notre requête sans pour autant être insultant», rétorque Jean-Paul Lubot, qui regrette que son interlocuteur ne saisisse pas «l'opportunité de mise en avant dans un grand magazine». «Nous en prenons bonne note, le regrettons et vous retirons de notre sélection», ajoute le directeur général de Marie Claire, qui avait juste avant relevé la «pingrerie bien connue du milieu» du restaurateur.

«Les journalistes gastronomiques que je connais qui sont pour la plupart sérieux paient tous leur addition et ce monsieur n'est pas journaliste gastronomique», a déclaré Pierre Jancou à l'AFP. Jean-Paul Lubot, qui explique n'avoir jamais dit être «journaliste gastro», certifie vouloir «organiser un moment de convivialité pour échanger».

Dans un communiqué mercredi, la direction du groupe Marie Claire a désapprouvé «fermement» l'erreur personnelle de son directeur général délégué, réaffirmant que «les collaborateurs du groupe ne doivent pas utiliser leur position afin d'obtenir des avantages personnels auprès de tiers». Jean-Paul Lubot a présenté ses excuses et avoué regretter «sincèrement cette maladresse» et son attitude «déplacée».

Par Gary Assouline
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